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Les Amis du Musée des Beaux Arts de Quimper

Quand la tapisserie se libère des cimaises

Quand la tapisserie se libère des cimaises

Quand nous contemplons des tapisseries, il est usuel de les voir suspendues aux cimaises . En ce sens, il s’agit d’œuvres en deux dimensions qui ne diffèrent de la peinture que par la nature de la matière qui les compose. Une artiste comme Sonia Delaunay est cataloguée comme artiste peintre, même si elle a largement pratiqué le tissage.

Mais à Paris, depuis le 20 novembre jusqu’au 12 avril, le musée Bourdelle1 présente un ensemble de tapisseries célèbres et magnifiques crées par l’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz (1930-2017) reconnue comme sculptrice.

Dans un premier temps Abakanowicz est essentiellement attachée à l’usage d’un matériau « vivant et malléable », la fibre2, d’origine végétale comme le chanvre, le coton, de laine, le lin, ou animale comme la laine et parfois le crin de cheval.

Il y a d’abord ces sculptures constituées soit de coques de fibre et de boue séchée ou de moulage de plâtre ; elles sont revêtues de toile de jute ou de gaze de coton résiné, dont les plis et replis leur donnent corps et âme, notamment dans les œuvres sérielles qui ont fait leur renommée. On peut admirer dans cette exposition l’ensemble des « Dos », coques assises côte à côte, qui pourraient observer, si elles n’étaient acéphales, les « Figures dansantes », une farandole a priori joyeuse de silhouettes vers un but mystérieux, inconnu et hors du temps, puisqu’elles aussi acéphales.

Plus loin, on peut faire face à la « Foule », une trentaine de silhouettes, de notre taille, les bras ballants, en rangs serrés comme un fragment d’une armée. Mais contrairement aux soldats de l’armée enterrée de Xi’an, la « Foule » d’Abakanowicz, elle aussi acéphale, fait remonter en mémoire quelques passages du « 1984 » de George Orwell .

Les tapisseries que Magdalena nomma « abakans » constituent l’autre grande partie de l’exposition et justifient le titre de cet article. Il était logique que par le choix de son matériau, l’artiste se tournât vers la tapisserie, mais elle exprima assez vite son besoin de libérer ses créations de la dimension étriquée du plan. Après quelques expériences où ses tapisseries, encore planes, voyaient des débordements divers, elle entreprit de se libérer entièrement des murs de la pièce en y élevant en son centre de véritables sculptures géantes (8 mètres de haut, quatre de large). 

Ces abakans sont formés d’une trame de cordages ou de treillis métalliques sur lesquels sont assemblés, cousus et retravaillés des éléments tapissés ou des tissus récupérés. Ils forment au sol une sorte de « tas au repos », mais lorsqu’en un de leurs points ils sont hissés vers le plafond par le jeu d’une poulie, une sculpture se déploie dans l’espace et vous en impose par sa taille comme par l’impression inquiétante qui peut s’en dégager.

En effet, Magdalena Abakanowicz est née en 1930 dans une Pologne qui va connaitre la guerre et deux occupations et oppressions successives. Elle va  découvrir l’Occident à l’occasion de son invitation par Jean Lurçat à la première biennale internationale de la tapisserie à Lausanne, y voyager, y exposer et y assurer des commandes. Il n’est pas certain qu’elle y ait trouvé un Monde moins inquiétant. Sa mort à Varsovie en 2017 l’aura dispensée des craintes orwelliennes que laissent entrevoir plusieurs de ses œuvres.

JL Serre

1- Antoine Bourdel (1861-1929) fut l’élève puis l’assistant de Rodin,  professeur à la grande chaumière, il eut entre autres élèves Giacometti et Maillol. Le musée est proche de la gare Montparnasse, dans l’atelier où il vécut et travailla pendant plus de 40 ans.

2- Avec le temps, sa création artistique a fini par venir au bois, au métal et au bronze, des œuvres qui ne font partie qu’exceptionnellement de l’hommage qui lui est consacré par le musée Bourdelle. 

 

JLS

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